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Mémoire

De quoi on parlait déjà?!

Démystifier les fluctuations de la mémoire chez les jeunes, car nous n'avons pas tous une mémoire d'éléphant!

la mémoire

Il n’est pas rare d’observer qu’un enfant semble oublier des informations que l’on croyait acquises. Par exemple, alors qu’un soir notre enfant connaissait sa table de multiplication, le lendemain il ne la connait plus. Il est alors tentant de croire qu’il a des problèmes de mémoire.

 

Toutefois, il est peu fréquent que les enfants aient de réelles difficultés mnésiques. Bien que des difficultés de mémorisation s’observent chez des enfants présentant des conditions médicales particulières telles que l’épilepsie, ce que nous observons chez les autres enfants ne constitue pas exactement un trouble mnésique.

 

Qu’est-ce que la mémoire et pourquoi certains enfants présentent-ils des symptômes s’apparentant à un déficit mnésique alors ?

 

Les fonctions mnésiques relèvent principalement des lobes temporaux. Toutefois, des interactions avec les lobes frontaux sont nécessaires à leur efficacité.

Il y a plusieurs types de mémoire

Les processus mnésiques

La mémoire n’est pas un processus unique, plusieurs étapes sont impliquées dans l’acquisition de nouvelles informations.

La première étape est l’encodage de l’information, c’est-à-dire l’enregistrement de nouvelles informations. Cette information fraîchement acquise sera ensuite consolidée après un délai (après une nuit de sommeil par exemple), elle sera ainsi ancrée en mémoire.

La dernière étape est celle de la récupération de l'information. Il serait bien peu utile d’acquérir de nouvelles connaissances sans pouvoir y accéder!

Voici quelques types de mémoire fréquemment discutés en évaluation. Il est important de noter qu’il existe aussi d’autres types de mémoire tout aussi intéressants tels que la mémoire rétrospective, la mémoire prospective, la mémoire associative. 

La mémoire à court terme

Il s'agit de la capacité à garder en tête pendant quelques minutes une information. 
 

Par exemple, retenir les éléments d'une liste d’épicerie.

La mémoire à long terme

Certaines informations sont enregistrées pendant une longue période, voire des jours, des mois et même des années.

Par exemple, se rappeler une chanson de notre enfance.

La mémoire de travail

Permets de garder en tête des informations en vue d’une utilisation immédiate.

Par exemple, retenir les informations pour effectuer un calcul mental.

engrenage

ÊTRE ATTENTIF

ENCODER L'INFORMATION

CONSOLIDER L'INFORMATION

RÉCUPÉRER L'INFORMATION

Les types de rappel

Il existe principalement trois types de rappel

 

LE RAPPEL LIBRE

 sans aide ou indice

 

LE RAPPEL INDICÉ

avec un élément de la réponse fourni

LA RECONNAISSANCE

choix parmi une sélection

Le rappel libre est sans doute le plus difficile. Il dépend entièrement de la capacité de la personne à trouver et sélectionner l’information en mémoire en utilisant notamment des stratégies de récupération. 

Par exemple, nommer sur demande les provinces canadiennes.

 

Une option plus aisée est le rappel indicé dans lequel un élément de la réponse est fourni. Le chemin vers la bonne réponse est ainsi plus facilement accessible. Il peut être aidant pour l’enfant qui ne peut récupérer par lui-même l’information de lui fournir des indices.

Par exemple, choisir une réponse parmi plusieurs.

 

La reconnaissance est le moyen le plus simple pour retrouver une information apprise. Il est plus facile de reconnaitre avoir déjà vu quelque chose, mais encore ne faut-il pas faire de fausses reconnaissances!

Par exemple, les questions vrai ou faux.

L’importance du type de matériel

la mémoire verbale

Le matériel peut être

 

Verbal

ex. apprendre des définitions, des histoires

 

Visuel

ex. mémoriser des dessins abstraits, des trajets 

 

 Verbal et visuel

ex. objets que l’on peut nommer

la mémoire visuelle

La mémoire et les troubles neuropsychologiques

Il est important de tenir compte du type de matériel utilisé puisqu’une fragilité liée au matériel est présente dans quelques troubles neuropsychologiques.

 

Trouble du langage et mémoire

Par exemple, les enfants avec un trouble langage (dysphasie) ont souvent davantage de difficulté à mémoriser du matériel verbal. Ainsi, il est préférable de privilégier avec eux l’utilisation du matériel visuel. La mémoire verbale à court terme est d’ailleurs moins efficace chez cette population.

 

Trouble moteur | visuospatial et mémoire 

​​Chez les enfants présentant une dyspraxie visuoconstructive, visuospatiale ou chez ceux ayant un syndrome de dysfonctionnement non verbal (SDNV), nous observons le contraire. L’apprentissage du matériel visuel, tant au niveau des détails (ex. une image) qu’au niveau spatial (ex. une situation dans l’espace et l’orientation) est moins efficient que l’apprentissage du matériel langagier. Il faut alors privilégier l’utilisation du langage lors des apprentissages et décrire explicitement ce qu’on voit.

TDAH et mémoire

La capacité de mémorisation dépend du niveau attentionnel. Plusieurs jeunes avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) peinent à mémoriser l’information apprise en classe ou étudiée à la maison. Toutefois, il a été démontré que les enfants avec un TDAH n’ont pas de problème de mémoire et qu’il n’y a pas de liens entre le TDAH et les déficits mnésiques. C’est davantage leurs difficultés attentionnelles qui rendent difficile la mémorisation du nouveau matériel. Si l’enfant n’écoute pas ce qui est dit en classe parce qu’il est dans la lune, il ne pourra évidemment pas se rappeler l’information!

Trouble d'apprentissage et mémoire

Chez les enfants avec un trouble spécifique des apprentissages (dyslexie-dysorthographie), des difficultés en mémoire de travail sont rapportées. Ceci est aussi observé, mais de manière plus significative chez les enfants avec des difficultés du fonctionnement exécutif. Ces enfants seront plus sensibles à l’interférence proactive, c’est-à-dire qu’il est plus difficile pour eux d’apprendre du nouveau matériel immédiatement après un premier apprentissage. Ils ont tendance à être moins disponibles pour mémoriser successivement de nouvelles informations et ils ont besoin d’un délai entre les différents apprentissages. 

Le type de rappel aura aussi un impact majeur sur leur capacité à récupérer l’information. Il sera beaucoup plus difficile pour eux de rappeler librement ce qu’ils ont appris dû à un manque de stratégies de recherche en mémoire. Un autre élément influençant la mémorisation à court terme est l’utilisation d’une stratégie efficace d’encodage, tel que faire des regroupements (ex. catégorie, thème). Les enfants avec de faibles fonctions exécutives utilisent moins ce type de stratégie ce qui diminue l’efficacité de l’encodage ainsi que le rappel libre.

Anxiété et mémoire

Pour des raisons similaires, les enfants avec un niveau élevé d’anxiété peuvent aussi avoir des difficultés de mémorisation puisque leur disponibilité cognitive étant amoindrie par leurs préoccupations ou leurs inquiétudes. Si l’enfant s’inquiète de ce que les autres pensent de lui, s’il se questionne sur l’heure à laquelle ses parents vont venir le chercher au service de garde, qu’il sursaute au moindre bruit dû à une hypervigilance, il ne sera pas attentif à ce que l’enseignante dit en classe. Le même phénomène peut être présent chez les enfants vivant de la négligence ou de l’abus dans leur milieu familial.

D’autres conditions neurologiques et psychologiques peuvent affecter la capacité des enfants à encoder et rappeler ce qu’ils ont appris.

Et pour terminer...

Tout compte fait, avant de soupçonner un trouble de mémoire chez votre enfant, assurez-vous de mettre en place les conditions favorables à l’apprentissage.

 

 Si vos doutes persistent quant à l’origine des difficultés mnésiques, l’évaluation neuropsychologique est un bon moyen pour mieux comprendre l’origine des difficultés et d’intervenir adéquatement par la suite.

Références

1.     Amso, D. et Scerif, G. (2015). The attentive brain: insights from developmental cognitive neuroscience. Nature Reviews Neuroscience, 16, 606. 

 

2.     Dimitrov, M., Granetz, J., Peterson, M., Hollnagel, C., Alexander, G., & Grafman, J. (1999). Associative learning impairments in patients with frontal lobe damage. Brain and Cognition, 41(2), 213-230.

 

3.     Gathercole, S., & Alloway, T. P. (2008). Working memory and learning: A practical guide for teachers. Sage.

 

4.     Godwin, K. E. et Fisher, A. V. (2015). The Effect of Disrupted Attention on Encoding in Young Children. Paper presented at the CogSci.

 

5.     Kaplan, B. J., Dewey, D., Crawford, S. G., & Fisher, G. C. (1998). Deficits in long-term memory are not characteristic of ADHD. Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology, 20(4), 518-528.

 

6.     Moscovitch, M., & Winocur, G. (1995). Frontal lobes, memory, and aging. Annals of the New York Academy of Sciences, 769(1), 119-150.

 

7.     Schuchardt, K., Maehler, C., & Hasselhorn, M. (2008). Working memory deficits in children with specific learning disorders. Journal of Learning Disabilities, 41(6), 514-523.

 

8.     Shimamura, A. P., Jurica, P. J., Mangels, J. A., Gershberg, F. B. et Knight, R. T. (1995). Susceptibility to Memory Interference Effects following Frontal Lobe Damage: Findings from Tests of Paired-Associate Learning. Journal of Cognitive Neuroscience, 7(2), 144-152. 

 

 

 

Ressources pour les parents 

 

Développer des stratégies de mémorisation, exercer la mémoire de travail : les clés de la réussite scolaire. Des Éditions Tom Pousse

 http://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/d_07/d_07_p/d_07_p_tra/d_07_p_tra.html
 

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